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« Colère » par Michel DEGUY

Mars, 2015

 

Colère

 

L’enfer, enfoui jadis sous la terre, monté aujourd’hui sur nos têtes en satellites, déverse par ondes et câbles les convictions mortifères des individus : décharge cosmique de la mondialisation, cent milliards de tonnes de déchets quotidiens, théocratiques et pornographiques emmaillotent la terre pour la jouissance de dix milliards de chiffonniers. La blogosphère a avalé la logosphère – comme si la possibilité de celle-ci n’avait été qu’un rêve de vieux jésuite.

Une opinion, ruineuse parmi d’autres, envahit les « réseaux sociaux » de ses variantes délétèrres… Je voudrais l’attaquer ici – quand bien même aucun « philosophe », même se rêvant en Maître Kung-fu, pulvérisant tous les assaillants de chiquenaudes mortelles en accéléré de jeux vidéo infantilisateurs, ne pouvait un instant se bercer de l’illusion d’avoir plus jamais raison…

Je résume l’insondable imbécillité (eût dit Bernanos) que le sondage doxique transforme en vérité partagée depuis « le 11 janvier ».

1. « Nous » l’avons bien fait (le massacre), quand « nous » étions des croisés. Chacun son tour !

2. La « nature humaine » est immuablement meurtrière. L’Histoire est le temps des assassins. Tous bourreaux selon les circonstances !

Qui ça, « nous » ?

Il y a un millénaire, en effet, inquisition et croisades torturaient et brûlaient, au nom de la Foi. Six siècles plus tard les « guerres de religion » tournèrent la violence au-dedans.

C’est précisément pour ça qu’il ne faut pas recommencer. C’est fini ! Il y a Histoire. Ceux qui aujourd’hui sont les croisés et les inquisiteurs, imitateurs gâteux renversant les rôles, eux les décapiteurs de la Charia, nous les infidèles ; intégristes arriérant prenant leur régression pour une sotériologie, idolâtres d’un millénarisme illettré, abreuvent la soif de leur dieu.

Les sociétés modernes ont installé l’électricité – des Lumières – avec ou sans citation de Marx. Au nom de la loi, maintenant démocratique, civique et morale. Quant à la « nature humaine », comme toute nature elle a vécu. La césure a eu lieu ; plus jamais rien ne sera « comme avant » – avant la technoscience, avant le sans précédent d’une modernité mondialisée post-religieuse. Il faut faire avec. Quoi ? « Nous » verrons. « Nous » sommes passés de l’autre côté d’Auschwitz et d’Hiroshima, ayant vu et traversé l’apocalypse ; voués à une tolérance absolue sans précédent, ou à périr. Pour Fukushima ? Peut-être. Chimère ? Sans doute. Mais il n’y en a pas d’autre. Les forcenés de la superstition, jeux vidéo pour les téléspectateurs, nous retardent. La translation des dogmes en reliques précieuses à déposer par une pensée réinventant une habitabilité terrestre, éco-logique, est la tâche – grande tâche des traducteurs. Le xxie siècle sera poétique ou ne sera pas.

 

P.S. Je ne comprends pas pourquoi les media complices, mais tout d’abord les responsables du P.S., quel que soit leur rang, laissent s’accréditer depuis des lustres (au lieu de protester violemment) cette opinion que le P.S. est le promoteur du F.N. ! Il faut au contraire, et sans cesse, rappeler cette vérité toute simple : l’alliée naturelle, la nourricière inlassable du F.N. c’est la droite. Ce sont les convictions partagées, les affinités, qui font les alliances et les alliages. Quelles que soient les tactiques locales, sa répugnance « naturelle » et son refus historique font que la gauche est incompatible avec le F.N. Jamais un socialiste ne désire ni ne facilitera une victoire du F.N. La droite U.M.P., elle, est poreusement en osmose aux confins avec son extrême droite et le F.N. Elle favorise intellectuellement, spirituellement, moralement, le F.N. ; elle est de la même famille, de mêmes réflexes à la première alerte. Il faut rire aux Hortefeux et autres Copé qui instillent sans relâche la contrevérité. S’il ne tenait qu’au P.S. le F.N. n’aurait que ses 5%.

Michel DEGUY

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