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De la disproportion par Michel Deguy

Janvier, 2009

 

L’argument d’André Glucksman récuse l’emploi de « disproportion ». Sa verve s’emporte au point de paraître discréditer le concept non seulement dans l’occurrence (celle du conflit israélo-palestinien), mais en général.

Tout en admettant que la « disproportion » a bon dos, il me semble qu’il n’est pas exclu d’en user, à bon escient et dans le cas. C’est une notion pascalienne ; et si, selon une recommandation du même Pascal, on transpose les termes d’une situation analogiquement (au risque de l’objection du « ça n’a rien à voir ! » qui fait le fond critique de toutes les querelles), on peut en user.

Le monde périt de la disproportion, sans cesse aggravée, entre opulence et misère, extrême richesse et dénuement extrême. Oui, il y a disproportion ; c’est-à-dire, en conception pascalienne, différence d’ordre de grandeur, infinitisation : les humains ne sont pas faits – quelque « difficile », c’est-à-dire inaccessible, que soit l’universalité qui les apparierait (Jean-Claude Milner), et d’autant plus différée, ajournable, qu’on croit enfin la toucher et pouvoir la « proclamer » – … ne sont pas faits, dis-je, pour être séparés « infiniment » : par cette infinité qui disjoint effectivement nombre de surhommes et les multitudes de sous-hommes pareils à « une autre espèce ».

Et le massacre (6 janvier) de dizaines de palestiniens réfugiés dans une école « de l’ONU », foudroyés par les bombes tombées du ciel d’Israël, vient à point nommé, si j’ose dire, appuyer d’un exemple mon contr’argument « analogique ». L’ignoble euphémisme de « bavure » ne peut occulter le fait.

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