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Du collège international de philosophie par Michel Deguy

Décembre, 2008

 

Rejeton de 68, porté, puis enfanté, par quelques philosophes forts, inventifs, libres, reconnus, « pères fondateurs » (Derrida, Châtelet, Lyotard, Lecourt…), et favorisé par les années de la gauche généreuse du premier septennat de Mitterrand (Lang, Chevènement, puis Curien et quelques autres), le Collège international de philosophie naissait il y a quelques 25 ans, dans un temps où la recherche sur l’Enseignement de la philosophie (GREPh) entendait à la fois maintenir la spécificité française (philosopher au lycée) et, non pas concurrencer l’Université, mais prévenir, contourner, compenser, les indurations « académiques ». Idée puissante et belle, le Collège se développa, et affronte maintenant une passe difficile de son existence, comme si les conditions de sa possibilité et de sa « création continuée » défaillaient. A la fois universitaire dans le grand sens, général et fécond, du mot et de la chose, sa fondation avait hésité entre l’esprit d’un Grand Etablissement (cette septième section des Hautes Etudes, souvent désirée, conçue, jamais entreprise) et celui d’une Association souple, pérenne, adaptable : sans chaires instituées, sans diplômes reconnus, sans bâtiment en propre, ubiquiste et internationale. Cette solution l’emporta. Sa force fut, et est, sa faiblesse : 50 Directeurs de programme, renouvelés par moitié tous les trois ans ; des « intersections » articulées à des domaines limitrophes (« philosophie et… ») ; une « Assemblée souveraine », chambre de réflexion et de décision, en régime de « communion fréquente » sous l’impulsion d’un Président acharné à sa « défense et illustration » (aujourd’hui Evelyne Grossmann). Le Collège dépend d’un budget de subvention ministérielle révisable, et de la participation à ses programmes de « Directeurs » appartenant à l’Enseignement secondaire (15) ; et donc, voué à croître pour ne pas s’affaiblir, hôte de Ministères changeants qui le considèrent volontiers comme un peu parasitaire, il dépend de sa réputation, et celle-ci de sa visibilité, c’est-à-dire d’enseignants penseurs innovants : la médiologie (R. Debray) et la traductologie (A. Berman) furent inventées au Collège ; donc des travaux de ses membres et de leur publication ; de l’esprit communautaire, d’une fièvre interne d’échanges intellectuels, de bonnes relations avec la sphère philosophique, universitaire et publique, celle de lecteurs et passionnés des possibilités de la philosophie : sa curiosité aux confins (scientifiques, sociopolitiques, psychanalytiques, etc.) est décisive, et, bien entendu, son ouverture à, et sur, la recherche philosophique mondiale.

 

Or le Collège est menacé de multiples manières : suppression des demi-décharges de service pour les professeurs du secondaire ; réduction des locaux rue Descartes ; coupes dans le budget ; versatilité de ses éditeurs dans le climat de crise ; et autres étroitesses (pour ne rien dire de cette faiblesse générale que font peser et l’éparpillement des anciens Directeurs qu’aucun lien ne rattache plus au Collège, et la diversité volatile de ses « étudiants »). « Maladie sénile » ? Il est trop tôt pour parler de sénescence ; trop tard pour parler de maladies infantiles. Il faut une mobilisation, et générale. Il y faudra très bientôt une refondation.

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